[Débat d’idée] L’open data est-il un leurre politique ?

« Alors que l’open data décolle en France, nous avons choisi de poser quelques questions à Evelyn Ruppert, maître de conférence en sociologie au Goldsmith College de Londres et spécialiste des données. L’open data telle qu’elle est orchestrée par le gouvernement anglais depuis 2010 ne permet pas aux pouvoirs publics de renouer avec la confiance : sous sa forme actuelle, l’État ne dévoile jamais tout ce qu’il renferme. Dans un effort d’ouverture, ces informations sont mises à disposition et réutilisées via des outils numériques, ce qui favorise l’émergence d’une nouvelle classe de spécialistes, intermédiaires nécessaires entre les données et le public ». (Pierre-Sofiane Kadri)

Le gouvernement français est sur le point de nommer son premier administrateur général des données (chief data officer en anglais) un poste réservé jusqu’à présent à quelques grandes entreprises, dont l’émergence est directement liée à la récente montée en puissance des Big Data. Ce nouvel administrateur aura le droit de mettre le nez personnellement dans toutes les données détenues par l’administration, et d’obtenir la publication de celles qu’il estimera essentielles sur la toute jeune plateforme française des données publique, www.data.gouv.fr, lancée fin 2013.

De l’autre côté de la manche, le gouvernement de David Cameron a mis en place dès 2010 le Tranparency Agenda, à l’origine de la politique d’open data britannique. À partir de cet exemple, Evelyn Ruppert pose les limites de la capacité de l’ouverture des données publiques telle qu’elle est mise en oeuvre à réparer la perte de confiance dans l’État. Une transparence absolue ne peut être atteinte puisque les États auront toujours quelque chose à cacher. La sociologue remet en cause le dogme politique de l’accessibilité de l’open data, et suggère que l’ouverture des données ne fait que déplacer la médiation et l’expertise vers les détenteurs d’un certain capital technologique.

L’outil open data créé par les pouvoirs publics façonne un « public des données », qui seraexposé uniquement aux données que l’autorité publique voudra bien céder, et que quelqu’un d’autre devra mettre en forme. Dans le même temps, la pratique de partage des données publiques change la façon dont ces données sont consignées par l’administration : la communication interne dans les services ministériels est moins détaillée depuis que les données sont publiées, on récolte globalement moins d’information.

En France comme au Royaume-Uni, ce qu’on peut produire aujourd’hui avec les données publiques a notamment vocation à booster l’économie numérique nationale.Reste à savoir si ces données peuvent vraiment mettre en place la « Démocratie 2.0″, l’idéal citoyen et participatif qui est l’objectif affiché de ces programmes d’Open Data.

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